Les joueurs ne sont pas des numéros, ce sont des hommes libres. Oui, sauf que certains se damneraient pour porter le 10 sur le terrain. Petite analyse de la mystique du dossard en milieu footballistique.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Pedro « Pedrito » Rodriguez Ledesma va fêter ses 23 ans en juillet. Vingt-trois, c’est également le nombre de buts de l’ailier barcelonais en 2009-2010, toutes compétitions confondues. En conséquence de quoi, le natif de Tenerife figure parmi les 23 Espagnols retenus pour la Coupe du monde en Afrique du Sud.
Coïncidences troublantes. Caprices du destin.
Sauf que des fois, les chiffres fétiches, ça peut devenir pénible : Pedrito, qui compte deux sélections avec la Roja, a failli devoir se coltiner tout le Mondial un maillot floqué… du numéro 2. Et pour un attaquant, se farcir le même numéro que feu Éric Sikora à Lens, reconnaissons que ça le fait moyen.
La faute à qui ? La faute d’abord aux habituels appelés en sélection espagnole, qui n’avaient laissé que le 2 et le 20 aux deux néophytes retenus par le gros Vincent du Bois. Javi Martinez et Pedro, deux joueurs offensifs, ont donc tiré au sort qui aurait le dossard de défenseur tâcheron. Le second a perdu. A dû se faire à l’idée d’être une anecdote ambulante pour commentateurs rigolards. Puis, au final, a réussi à échanger contre le 18 de son coéquipier Raul Albiol, un défenseur, un vrai.
Ouf, l’honneur est sauf. L’Espagne respire, le roi Juan Carlos se déboutonne de soulagement.
On voit à l’évidence que les numéros de maillot sont tout sauf anecdotiques. Les joueurs y tiennent, les clubs y tiennent, les supporters y tiennent. Il y a une mystique du chiffre dorsal.
MAILLOTS PITCH ET BÊTE IMMONDE
Alors qu’à l’origine, bof.
À l’origine, comme les tuniques au rugby ou comme encore de nos jours les maillots Pitch de la Coupe de France, le numéro correspondait à un poste. Le 1 sentait son portier, les 2 à 5 vous rangeaient direct dans la prestigieuse confrérie des défenseurs, le milieu de terrain se répartissait les 6, 7, 8 et 10, et en attaque, le 11 tournait autour du 9. On va pas se le cacher, c’était le bon temps.
C’était beaucoup plus simple pour savoir qui jouait quoi, en somme, surtout à l’heure des joueurs multicartes façon Mathieu « Salut vous pouvez me faire jouer où vous voudrez » Bodmer.
Puis, au milieu des années 90, arriva le merchandising. La bête immonde.
Et les joueurs de tous les grands championnats commencèrent à avoir le même numéro toute la saison, avec en sus leur petit nom floqué de là à là. Sans doute l’innovation d’un publicitaire à catogan de chez Adidas ou Nike, qui estimait qu’ainsi, au rythme des renouvellement de panoplies et d’effectifs, le supporter serait obligé de raquer chaque année pour un nouveau flocage.
Oui mais problème : comment faire quand vous avez trente connards sous contrat qui veulent tous le numéro correspondant historiquement à leur poste, et dont au moins six qui réclament le 10 ? — ah oui, car en matière de numéros, certains sont plus prestigieux que d’autres, comme par exemple le 10 d’Olivier Atton.
CINQ STRATÉGIES POUR SE CHOISIR UN NUMÉRO

1. Se choisir un ersatz du numéro désiré initialement.
Par changement de dizaine : vous êtes un latéral gauche de talent, vous vouliez porter le 3 mais il est déjà pris ? Rajoutez une ou deux dizaines et portez donc le 13 ou le 23, façon Patrice Evra en Bleu.
Par addition des chiffres du numéro : vous êtes un avant-centre implacable, vous vouliez porter le 9 mais il est déjà pris ? Prenez un multiple de 9, dont la somme des chiffres fait par définition 9 (18, 27, 36, 45). Une théorie illustrée avec talent par le signe « + » rajouté par Ivan Zamorano sur son dossard à l’Inter: 1+8=9.
Par redoublement du chiffre voulu : Ah zut, le 7 est pris, bon bah allons-y pour le 77, à l’instar de Ronaldo (le gros) qui a porté le 99 au Milan AC.
Choisir son année de naissance : Comme l’a fait Ronaldinho au Milan AC avec le numéro 80 faute du 10, propriété de Clarence Seedorf. Avouons que ça devient un peu n’importe quoi là.
2. Varier les plaisirs entre club et sélection.
Pas de bol, vous venez de débarquer dans un grand club européen et tous vos numéros fétiches sont pris. Frustration, vous vous retrouvez avec le 28, un numéro tout pourri au point que Valbuena et Bakayoko l’ont porté en club. Ouf, tous les mois, la sélection est là pour vous offrir une bouffée d’oxygène et un dossard décent, sous le 11 pour peu que vous soyez un titulaire indiscutable. On notera par exemple que Zinedine Zidane, connu en France pour son numéro 10 mythique, ne l’a jamais porté en club. À Bordeaux, il avait le 7 (bon c’était avant les maillots nominatifs, aussi), à la Juve le 21 (on ne déloge pas Del Piero en terre turinoise), et au Real le 5 (oué).
3. Patienter. Ronger son frein. Attendre que l’actuel titulaire du numéro convoité se barre. Ou alors lui savonner la planche. Et finalement obtenir le dossard voulu, comme le fit Karim Benzema pour hériter un temps du 10 de Sidney Govou en équipe de France: il alla voir l’intendant des Bleus pour lui dire que c’était bon, pas de souci, il s’était arrangé avec Govou pour récupérer le 10 (sauf que trop pas, en fait). Et Govou découvrit, au moment de la remise des maillots, qu’on lui refilait le 9. Kaaaaaariiiiiim, ton univers impitoyable.
4. N’avoir pas le choix et prendre ce qui reste même si c’est tout pourri.
On a déjà évoqué le 2 qu’a failli se farcir Pedro. On a déjà cité le 5, numéro de libéro, que portait Zizou dans la première équipe des Galactiques, faute de mieux. On pourrait parler aussi du déchirement que fut pour Cristiano Ronaldo son transfert à Madrid : devoir abandonner le 7 mancunien, qui faisait si joli dans le logo CR7 ? Tout ça parce qu’un mec à cheveux collés qui s’embrasse les phalanges à chaque but façon Jean-Claude Convenant est une institution chez les Merengues ? Ouf, le marketing a désamorcé l’affaire : Cristiano a accepté de changer son monogramme en CR9.
5. Choisir un numéro moche mais dire que c’est celui d’un glorieux ancien.
Il y a des numéros plus mythiques que d’autres : le 10 de Pelé et Maradona, le 6 de Franco Baresi, le 14 de Cruyff, le 5 de Sylvain Kastendeuch. Et quand David Beckham se pointe au Real, récupère le 23 dont personne ne veut et assure qu’il est très content de cet hommage à Michael « Air » Jordan, on rigole doucement.
Hélas pour David, qui rêvait de la Coupe du Monde, son tendon d’Achille n’a pas voulu voir l’Afrique du Sud. De quoi avoir les Bulls, en effet.
Tweet
MKP (Il y a 1 année ago)
Le numéro de dossard, c’est un peu un susbtitut phallique, en fait ?
Jules (Il y a 1 année ago)
@MKP : Plus le nombre est élevé, plus c’est gros, tu veux dire ?
MKP (Il y a 1 année ago)
On finirait par le croire, à lire Juanito. Allez jusqu’à 99… Faut sans doute avoir quelque chose à compenser, pour investir tant d’énergie à avoir un bête numéro de série.
pere_noar (Il y a 1 année ago)
1. Se choisir un ersatz du numéro désiré initialement.
Vous en avez quand meme oublie un qui est original aussi.
Anelka en Equipe de France, qui a pris le numero 39, pour 93 – Seine Saint-Denis en verlan!!
Celui-la est quand meme mythique!!
Juanito (Il y a 1 année ago)
Est-on sûr de ça, 9-3 en verlan ? Il me semble (mais je peux me tromper) qu’Anelka a grandi à Trappes, dans les Yvelines, soit le 78.
Du coup, j’ignore le sens de ce 39.
Pourquoi Nicolas Anelka porte-t-il le numéro 39 ? | A la culotte (Il y a 1 année ago)
[...] lecteurs sont facétieux. Nous publiions lundi dernier un article sur la stratégie des choix de numéros de maillot. En commentaire, Pere_Noar nous indiquait que Nicolas Anelka avait choisi son numéro de maillot en [...]
laura (Il y a 1 année ago)
effectivement juanito Anelka est de trappes dans le 78!!!
il faut bien ce renseigner avant de parler pere_noar!!!!
Brams (Il y a 1 année ago)
Eh pere_noar, comme a dit laura, anelka vient du 78 renseigne toi bien au lieu de raconter des conneries!!!
Clementalo (Il y a 1 année ago)
pere_noar n’a pas totalement tort lorsqu’il affirme que nIkO aNeLKA ait voulu faire un clin d’œil à son département d’origine.
Juanito, tu ignores le sens de ce fameux 39, mais il suffit de diviser et 78 par 2 et… oh… magie… 39 !
Anelka connait donc la table de 2.
Juanito (Il y a 1 année ago)
Ah oui tiens. Néanmoins, à ce compte-là, il est bizarre de n’avoir pas choisi directement le 78.
Peut-être voulait-il avoir à la fois un numéro rappelant le 9 de l’avant-centre et son département d’origine ? Mais à ce moment-là le 19, en tant que 13+6, aurait pu fonctionner aussi, attendu que 13×6=78.
J’ai mis Bertrand Renard (des Chiffres et des Lettres) sur l’affaire :)
MainOpposée (Il y a 1 année ago)
C’est un peu plus compliqué pour le 5 de Zidane. Il devait reprendre le 21 de Solari vu que ni Figo, ni Raul (of course) ne voulait lui passer le 10 (comme en bleu) et le 7 (comme à Bordeaux). Mais Perez a insisté pour qu’il prenne le 5 à la suite de Sanchis qui venait de partir pour en faire symboliquement son héritier… Zizou, bonne pâte, a accepté… et dire que c’est Cannavaro qui a pris la suite…
ilioop (Il y a 1 année ago)
perso le meilleur c le 7
Première bougie | À la Culotte : blog foot (Il y a 11 moiss ago)
[...] Comment les joueurs se choisissent-ils un numéro de maillot ? [...]
daninho (Il y a 10 moiss ago)
perso moi c le 8