Le fisc caché de Wayne Rooney

Outre-Manche, le Daily Mirror a levé un lièvre qui pourrait faire grand bruit : dans le sillage de Wayne Rooney, de nombreux joueurs anglais auraient trouvé une combine parfaitement légale mais moralement douteuse pour payer moins d’impôts. Explications. En 2010, Wayne Rooney s’est offert un joli chèque aux dépens de l’administration fiscale britannique : 700 [...]

Outre-Manche, le Daily Mirror a levé un lièvre qui pourrait faire grand bruit : dans le sillage de Wayne Rooney, de nombreux joueurs anglais auraient trouvé une combine parfaitement légale mais moralement douteuse pour payer moins d’impôts. Explications.

En 2010, Wayne Rooney s’est offert un joli chèque aux dépens de l’administration fiscale britannique : 700 000€. Son compatriote de l’équipe nationale, Gareth Barry, a été un peu moins malin, en ne réussissant à évader — pardon, à « optimiser », selon la terminologie en vigueur chez les conseillers fiscalistes — que 160 000€. La dernière feuille d’imposition de Shrek s’élevait ainsi à 623 000 livres (740 000€), mais l’attaquant mancunien n’a payé que 40 000€ d’impôts. Sacrée ristourne.

SOCIÉTÉ FANTÔME

La technique, en apparence rudimentaire, est en fait parfaitement réglée : Rooney s’est versé son salaire via une société de droits à l’image, lui permettant de ne payer que 2% de taxes contre 40% au taux normal d’imposition sur le revenu (plus haute tranche en Angleterre). Le mécanisme est simple : les joueurs créent des sociétés de droits à l’image qu’ils financent via des contrats de prêts (director’s loan). En tant que créanciers de leur société, toute rémunération qu’ils se versent est alors taxée à hauteur de 2%.

Le mécanisme est parfaitement légal, comme l’explique Peter Fairchild, expert financier. « En termes d’imposition, octroyer un prêt dirigeant à une société de droits à l’image est très, très rentable. Si un joueur veut ramasser 100 000 livres (environ 120 000€), il peut le faire, et il ne paiera que 2 000 livres (2 400€) de charges. »

La juteuse combine a fait des émules en Premier League. D’après le Daily Mirror, ils seraient une demi-douzaine à utiliser ce mécanisme d’optimisation fiscale. Parmi eux, Ashley Cole, les Mancuniens Rio Ferdinand, Michael Owen, et Darren Fletcher, les Gunners Theo Walcott et Jack Wilshere, et l’attaquant de Newcastle, Andy Carroll. Le gratin du foot anglais, en somme.

LA LETTRE ET L’ESPRIT DE LA LOI

Alerté, le législateur britannique enquête sur cette niche fiscale. Lord Hattersley, du parti travailliste, ne décolère pas.  « Les supporters peuvent s’estimer lésés », a-t-il pesté. En effet, le Royaume-Uni subit toujours les contrecoups de la crise financière, et la récente déclaration du Ministre des Finances, George Osborne, selon laquelle tout le pays était uni dans la résorption de la crise (« We’re all in this together », d’après le titre d’une chanson de High School Musical) prend quelque peu du plomb dans l’aile.

L’augmentation l’an dernier du taux d’imposition de la plus haute tranche de 40 à 50% a poussé de nombreux joueurs à chercher l’optimisation fiscale. Nombreux sont ceux qui désormais, ont deux contrats les liant au club : l’un pour les prestations sur le pré, les autres pour les droits d’image.

Du côté du syndicat des joueurs professionnels (PFA), on réfute les accusations d’évasion fiscale, indiquant que seuls quelques joueurs sont impliqués dans cette manœuvre fiscale. Gordon Taylor, président du PFA, dégoupille : « Les footballeurs ont une carrière courte et il leur appartient à eux et à leurs conseillers d’optimiser fiscalement leurs revenus. La majorité des joueurs ont opté pour le prélèvement à la source (Pay As You Earn) et sont imposés à hauteur de 50%, et cotisent en plus pour la Sécurité sociale. Mais quelques joueurs star tirent aussi des revenus d’image liés à la vente de maillots, par exemple. Ces revenus ne sont pas soumis au prélèvement à la source. Mais il n’y a rien d’illégal là-dedans. Ils s’appliquent tous à respecter la loi. »

A moins de modifier la législation, le gouvernement britannique ne devrait pas inquiéter Wayne Rooney. En effet, un cas similaire avait fuité il y a dix ans, quand les Gunners Dennis Bergkamp et David Platt avaient été suspectés d’évasion. Les deux joueurs avaient expliqué avec succès que les droits d’image payés en cash via des comptes offshore servaient à alimenter des fonds de pension.

Si un tel truc était passé en l’an 2000, on voit mal comment une combine qui respecte la lettre de la loi — et également l’esprit, selon un conseiller de Wazza — pourrait valoir des ennuis à l’attaquant des Red Devils.

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L'auteur

Jules

Un joueur à l'ancienne, racé, taiseux, têtu et indiscipliné. Les vieilles liquettes et les ballons en cuir brun, qu'on caresse avec élégance. Pas de doute, y'a du George Best là-dedans.

1 commentaire

  1. La mémoire des liens #6 (Il y a 1 année ago)

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