Nouvelle-Zélande : fougère et sado-maorisme

Par | 15 juin 2010 à 1:52 | 0 commentaire | Blason maudit, Le vestiaire | Tags: ,

La Nouvelle-Zélande, le pays où les footballeurs jouent en blanc.

Il y a des pays où les habitants comprennent plus facilement les comportements licites pendant les phases de ruck et la règle du follow-on au cricket que la règle du hors-jeu. En fait, il n’y a qu’un seul pays qui réussit l’exploit de caser plusieurs sports nationaux avant le football : la Nouvelle-Zélande. L’universalité du football en prend alors un sacré coup dans le museau. Et pourtant, la New Zealand Soccer Inc. et la New Zealand Rugby Union partagent la même longévité : 1891 pour la première, 1892 pour la seconde. Seulement voilà : chez les Maoris, on préfère la castagne à la chaloupe. Autant dire qu’à l’heure de chier un logo, chez les Kiwis footeux, on se foule pas vraiment.

Sauf que depuis 10 ans, les Néo-Zélandais s’affranchissent de l’ombre du voisin australien et ont réussi à déloger l’épisode de la participation à la Coupe du Monde 1982 de l’étagère à anecdotes oldies : trois coupes d’Océanie en 10 ans, 1998, 2002, 2008. OK, ils ont été aidés par le départ de l’Australie de la Confédération d’Océanie de football en 2006. N’empêche que le football à Auckland est devenu autre chose qu’un passe-temps de péquenot.

Symbole de ce renouveau, un changement de logo pour la Fédé. Entre tradition et modernité.

Description : d’argent à la branche de fougère ondée de sable posée en barre.

Commentaire : « Hey les gars, j’ai trouvé un super moyen de promouvoir le ballon rond en Ovalie ! »

Tiens, tiens, il nous dit quelque chose, ce logo. Bon sang mais c’est bien sûr ! Cyathea dealbata : ce n’est pas le nom du prochain casting de Secret Story, mais le blaze scientifique de la fougère maorie. Dealbata parce que le dessous des feuilles vertes sont d’un blanc argenté (albus, a, um = blanc, pour ceux qui ont fait du latin en 4e). 180 espèces sur toutes l’île, des tapis de verdure, il n’en faut pas plus pour en faire le symbole national : dès une tournée de tests-matchs en 1888, les Kiwis avaient la branche sur le pec’. Une tradition jamais oubliée depuis.

La fédé néo-zélandaise livre ici un joli exercice de funambulisme symbolique en reprenant les codes du logo de la fédé de rugby. A une petite exception près, qui semble faire toute la différence : la fougère à XV est d’argent (blanche, quoi), la fougère à 11 est de sable (noire, quoi). Une révolution copernicienne pour une autonomisation sportive. Les créas prestataires doivent être les mêmes qui ont bossé chez EuroRSCG à la refonte du logo de l’ANPE, on vous le dit.

Tant qu’à plébisciter l’art du contrepied chromatique, les Néo-Zélandais y sont allés à fond. Quand les rugbymen d’Auckland portent le deuil de leur adversaire en enfilant une liquette all black, les footballeurs de Wellington arborent un tricot all white, symbole de pureté virginale. Oui, on peut le dire : les Kiwis miaulent à qui veut l’entendre qu’ils ont envie de se faire dépuceler du football mondial. Coupe des Confédérations 2003 : 5-0 contre la France, et même Giuly a tiré son coup. Coupe des Confédérations 2009 : 5-0 contre l’Espagne, et même Fabregas a tiré son coup. Ils semblent en redemander à Jo’Burg.

Quand même, choisir comme emblème une branche qui a l’habitude de fouetter des culs lors des balades champêtres, c’est lourd de sens. Gare à la déculottée slovaque.

Retrouvez tous les écussons des équipes de la Coupe du Monde 2010 sur AlaCulotte.com.

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L'auteur

Jules

Un joueur à l'ancienne, racé, taiseux, têtu et indiscipliné. Les vieilles liquettes et les ballons en cuir brun, qu'on caresse avec élégance. Pas de doute, y'a du George Best là-dedans.

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