Anatomie de l’Enfer

Crédit photo : AFP Des insultes, un joueur expulsé, les autres qui prennent le pouvoir et refusent de s’entraîner, un sélectionneur obligé de lire un communiqué de presse devant les journalistes, un directeur de la FFF qui dégoupille face caméra et rend son tablier. Odieux spectacle que celui présenté par les Bleus depuis vendredi. Après [...]

clash anelka domenech va te faire enculer sale fils de pute

Crédit photo : AFP

Des insultes, un joueur expulsé, les autres qui prennent le pouvoir et refusent de s’entraîner, un sélectionneur obligé de lire un communiqué de presse devant les journalistes, un directeur de la FFF qui dégoupille face caméra et rend son tablier. Odieux spectacle que celui présenté par les Bleus depuis vendredi. Après la débandade mexicaine, on pensait — à tort — que le pire avait été atteint et de haute lutte. Et si les Bleus en avaient encore sous la semelle ? Chronique (fictive ?) d’une affaire qui pourrait mener loin.

ONZE HOMMES SUR LE TERRAIN

Mardi matin. Après leur petite promenade de santé de dimanche matin, les joueurs français se rendent compte qu’ils ne sont pas préparés pour affronter les Bafanas. Souffle court, jambes carbonisées, moral et niaque dans les chaussettes — coupées pour certains. S’il fallait vraiment défendre ses chances, on risquerait la blessure. Les joueurs comprennent alors que la qualif’ pour les huitièmes est une cause perdue et qu’il serait idiot qu’elle en vienne à contrecarrer leur carrière dans des clubs qui les arrosent. Dans une ultime gifle d’arrogance, Patoche s’avance le menton levé en signe de défi devant les journalistes : les Bleus ne savent pas s’ils joueront le match, ils effectueront des test en fin de matinée pour se jauger.

Émotion. Le landernau des journalistes et les Français tâtonnent pour qualifier l’outrage : trouducs, peigne-culs, anti-France, enfants pourris gâtés, sortez les parapluies. Roselyne Bachelot bouillonne de rage et d’inquiétude tandis que Rama Yade s’essuie les crampons sur les Bleus en comparant la fronde aux grèves surprises des cheminots. Ambiance, ambiance.

16 h. Gonflés à bloc, les Bafanas entendent bien défendre leurs infimes chances de qualification. Malgré le suspense tant bien que mal entretenu par David Astorga et Christian Jeanpierre, il n’y a qu’onze hommes sur la pelouse. Les Bleus restent sagement dans le vestiaire, au sein duquel n’ose même plus rentrer Raymond Domenech. Les petits caïds ont réussi à faire taire tous les autres, qui voudraient pourtant jouer. De toute façon, les feuilles de match sont vierges côté bleu, impossible d’entrer sur le pré.

Dans le rond central, les joueurs Sud-Af’ s’impatientent, une pointe d’inquiétude au visage. L’arbitre, croyant à un léger retard logistique, vient s’enquérir de la situation auprès des quelques officiels français présents aux abords de la pelouse. Raymond Domenech lui confirme, après deux facepalms, que l’Équipe de France n’honorera pas son troisième match de poules. Fin psychologue, l’homme en noir et jaune organise une entrevue expresse avec un joueur de l’équipe de France. Le siège du vestiaire dure plusieurs minutes, la porte restant désespérément close, comme avant un braquage de police. Après avoir eu l’assurance qu’aucune caméra n’était présente dans le couloir des joueurs, Franck Ribéry accepte de sortir et confirme la rebellion des frenchies. Décontenancé, l’arbitre se la fait confirmer par un deuxième joueur. Confirmation.

Après entretien avec un officiel de la FIFA, l’arbitre retourne au rond central et siffle trois fois dans sa corne : match interrompu et gagné sur tapis vert. L’article 6§7 du règlement de la FIFA pour la Coupe du Monde 2010 est formel. Il dispose que

« si une équipe ne se présente pas à un match – sauf en cas de force majeure reconnu par la Commission d’Organisation – ou refuse de continuer de jouer ou quitte le terrain avant la fin du match, l’équipe aura match perdu. La victoire et les trois points sont attribués à l’équipe adverse avec un résultat de 3-0 ou plus si, dans le cas d’un match avec abandon, l’équipe gagnante a déjà obtenu un résultat supérieur au moment où l’équipe fautive quitte le terrain ou refuse d’y retourner. »

bleus refusent de s'entraîner 20 juin 2010

AFFAIRE D’ÉTATS

Conformément à l’article du 6§7 du même, l’Équipe de France sort disqualifiée du tournoi. C’était peut-être là où voulaient en venir Flo Malouda et Pat’ Évra en parlant de sauver l’honneur : plutôt la disqualification que l’élimination. À l’annonce du match mort-né, les Sud-Af’ se ruent vers l’arbitre. À 3-0, ils sont éliminés du Mondial sans même avoir pu défendre leurs chances, eux qui comptaient bien caler 4 ou 5 marmites dans les filets de Lloris.

Mandela s’émeut de l’injustice. Pour le premier Mondial africain, le Vieux Continent a encore fait preuve de son arrogance en foulant aux pieds les espoirs de tout un peuple. 23 néo-colons ont offert à l’Af’ Sud le plus funeste des records : l’inauguration de l’élimination d’un pays hôte dès la phase de poules. Déjà épuisé par son deuil, le vieux passe un coup de bigot en forme de sermon au président Sarkozy, qui n’en ramène pas une, lui qui va déjà devoir gérer cette crise politique sur le sol national en même temps que distiller ses missiles sur le manque de patriotisme et la perte des repères nationaux.

Du côté de la FIFA, on fulmine. Blatter, qui a soutenu l’attribution du Mondial en Afrique, veut schlaguer au mortier et souhaite l’application stricte des articles 6§3 et 6§4 : amende d’un million de francs suisses — dont le cours chute fortement par rapport à l’euro sous l’action coordonnée de dizaines de millions de petits porteurs facétieux qui veulent alourdir la sanction en jouant sur les taux de change — et sanctions disciplinaires (aka pas de Mondial 2014). Escalettes, en train de remballer ses affaires et de booker en scred un avion pour Roissy, tente de calmer le jeu auprès de la FIFA. Faudrait pas que sa retraite soit mouvementée, non plus.

altercation evra duverne clash

Crédit photo : AFP/Franck Fife

CONSEIL DES MINISTRES ET EURO 2016 À LA MAISON

À Paris, le gouvernement n’en peut plus et rêve de rejoindre la mêlée. À l’heure de la réforme des retraites et six mois avant la mise en roue libre du gouvernement, l’occasion est trop belle de parler identité nationale, avantages indus et de montrer que le gouvernement est présent pour résoudre les problèmes qui concernent les Français, tous les problèmes.

Sur la lancée de ses propos douteux sur le plateau de 100% Foot le dimanche précédent l’outrage [NDLR : le 20 juin], Jean-François Copé maintient qu’il faut faire le ménage dans le football français afin de préparer comme il se doit l’Euro2016. Pour la dernière année de la présidence Sarkozy, la compétition doit être parfaite et identique au mondial 1934 à Rome : une démonstration magistrale de la vaillance d’un peuple tout autant que de son chef. « Faire le ménage », en langage gouvernemental, ça veut dire faire passer un projet de loi.

Dès septembre, Roselyne annonce que dans le cadre d’un vaste Grenelle du Sport français, les statuts de la FFF vont changer. De partenaire de l’action du ministère de la Santé et des Sports, la FFF va devenir une autorité administrative indépendante. Elle demeure indépendante dans ses statuts, conserve son pouvoir propre de sanction, mais son président sera désormais nommé en Conseil des Ministres. Et son nom devra être consigné sur la feuille de match ; pardon, au Journal Officiel.

Tollé à Zurich : l’immixtion du gouvernement français dans les affaires de la Fédé fait hurler Sepp. Le président de la FIFA ressort les statuts et pointe du doigt sur les articles 13 et 17 intitulés « Les obligations des membres » et « Indépendance des membres et de leurs organes » :

« Les membres ont l’obligation de [...] diriger leurs affaires en toute indépendance et veiller à ce qu’aucun tiers ne s’immisce dans leurs affaires. »

« Les organes des membres ne peuvent être désignés que par voie d’élection ou de nomination interne. Les statuts des membres doivent prévoir un système leur assurant une indépendance totale lorsqu’ils procèdent aux élections et nominations. »

Or, quelle indépendance y a-t-il dès lors que le gouvernement a droit de vie et de mort sur l’homme qui est à la tête du football français ? Après le camouflet essuyé sur les rivages du cap de Bonne Espérance, la FIFA ne veut pas faire de cadeau à la France, et réclame la (double) peine capitale : exclusion de la FIFA, et exclusion ipso facto des futures compétitions internationales. L’Italie se frotte les mains, elle va pouvoir récupérer l’organisation de l’Euro 2016…

Le Comité exécutif se réunit plus rapidement qu’un tribunal militaire sous la Première Guerre mondiale. Justice expéditive : la France est exclue de la FIFA pour violation grave de ses statuts, sans aucune circonstance atténuante. Le gouvernement accuse la FIFA d’avoir partie liée avec des intérêts privés qui voudraient récupérer les retombées financières de l’organisation de l’Euro 2016. Allusion nauséabonde à peine masquée à l’encontre de la Turquie, en passe de rejoindre prochainement l’UE. La FFF, comme sa consœur marocaine en 2009, se pourvoit en appel au Tribunal Arbitral du Sport.

Dépassée par l’ampleur de l’événement, l’instance arbitrale suprême peine à faire face à la pression médiatique, elle qui d’ordinaire rend ses arrêts dans une indifférence troublante. S’ensuivent deux jours de procès grandiloquent où la Fédé s’attache à démontrer par A+B que le droit administratif français donne aux AAI pleine indépendance. Le web français se paie une bonne tranche de LOL quand le président de la Fédé convoque l’exemple HADOPI pour étayer son argumentation. À Matignon, on songe à faire de l’escrime le nouveau sport national français tant la déconfiture est totale.

À bout de nerfs, le TAS confirme la FIFA dans ses exigences. Dans un arrêt laconique, il désosse la FFF d’un cinglant « considérant que même les pays les moins démocratiques membres de la FIFA ont un fonctionnement plus respectueux des statuts et de l’esprit du football association » qui fera glousser deux générations d’étudiants en droit à Assas. Adieu l’Euro 2012, le Mondial 2014 et l’Euro 2016, à moins d’une réintégration prochaine.

La balance de la Justice qui sanctionne le droit de se faire justice des balances. Ben ouais.

Vous pouvez également devenir fan sur ou nous suivre sur

L'auteur

Jules

Un joueur à l'ancienne, racé, taiseux, têtu et indiscipliné. Les vieilles liquettes et les ballons en cuir brun, qu'on caresse avec élégance. Pas de doute, y'a du George Best là-dedans.

1 commentaire

  1. Tapis rouge pour les footix | A la culotte (Il y a 1 année ago)

    [...] Et puis patatra, tout s’effondre. Entrée en matière poussive au premier match, défaite cinglante au deuxième et, pour finir, le grand cirque. [...]

Commentaires

© 2010 A la Culotte. Tous droits réservés.