Iran-Irak, vingt ans après
Ce soir, l’Iran affronte l’Irak pour la première journée des poules de la Coupe d’Asie. Oui, on parle bien de football, et pas de lutte sans merci. Quoique…

Septembre 1980 – août 1988. Pour une histoire de lutte d’influence sous couvert de conflit frontalier, Saddam Hussein envoie ses hommes poutrer le voisin iranien. Comme toujours dans ce genre de conflit où les règles de la bienséance guerrière sont vite passées sous silence, l’estimation des mort ressemble à un décompte de manifestants sur le Vieux Port : entre 500 000 et plus d’un million.
Mais aujourd’hui, c’est du passé, affirment les deux sélections. « L’Iran et l’Irak sont des voisins qui ont de bonnes relations entre eux, rassure Waleed Tabra, manager général de l’équipe d’Irak. Nous partageons une frontière commune, une longue histoire et des relations qui remontent à de nombreux siècles. Nous avons la même religion, des Iraniens épousent des Irakiennes, et inversement, c’est une bonne chose pour les deux pays. » C’est beau comme de la diplomatie, mais est-ce que ça résisterait à une brève enquête dans les câbles Wikileaks ?
UN TITRE À CONSERVER, UNE DISETTE À ENDIGUER
Depuis la fin du conflit, les deux sélections ne se sont rencontrées qu’une seule fois. C’était début octobre dernier à Amman (Jordanie), pour une victoire 2-1 des Iraniens en Coupe d’Asie de l’Ouest. Ce soir, ce sera une revanche plutôt que des représailles pour les Lions de Mésopotamie. Car le football, c’est autre chose que les relations internationales. « Le football, c’est différent. C’est de la compétition, poursuit Tabra. On joue pour gagner, ils jouent pour gagner. Ça n’a rien à voir avec les années 80. » Une analyse que partage Gotbi, le sélectionneur iranien, qui voit dans ce second match entre les frères perses une occasion de rapprochement entre deux peuples jadis ennemis.
Du côté du terrain, la lutte sera tout sauf amicale. L’Irak est champion en titre, avec une victoire surprise en 2007 contre l’Arabie Saoudite en finale. L’Iran, valeur sûre du sous-continent moyen-oriental, ne produit plus rien de bon depuis sa participation à la Coupe du Monde 1998, malgré une troisième place lors de la Coupe d’Asie 2004. Et voilà donc la statistique qui fâche : l’Iran est en disette de titres depuis 35 ans et une victoire lors de l’édition 1976.
En dehors du terrain, les deux sélections luttent pour s’offrir un brin de stabilité. Depuis son sacre continental, l’Irak s’est fait bannir deux fois par la FIFA pour des problèmes organisationnels, tandis que l’Iran n’est plus en odeur de sainteté avec la fédé asiatique depuis que le président de la fédé iranienne cumule le portefeuille gouvernemental des Sports. Une ingérence mal digérée par l’instance asiatique, bien que l’Iran ait été réintégré dans les compétitions officielles.
Une contre-performance serait ainsi une grosse hypothèque pour la qualification finale, puisque le groupe D est, toutes proportions gardées, le groupe de la mort, avec une Corée du Nord enhardie depuis sa participation au dernier Mondial et qui étrennera contre les Émirats Arabes Unis la récente reprise en main de son football national.
Naturellement, le sélectionneur allemand des Lions de la Mésopotamie et celui de l’Équipe Nationale (curieux surnom) s’attendent à une partie acharnée. Le dernier mot pour Tabra : « On a joué contre l’Iran à de nombreuses reprises pendant des décennies. Nous sommes rivaux sur le terrain. Mais personne ne fait référence à la guerre. C’est de l’histoire désormais. » Aux deux belligérants, pardon, aux deux adversaires, d’en écrire une autre.
Tags Coupe d'Asie, Irak, Iran







Benayoun11 janvier 2011 à 13 h 49 min
« Une analyse que partage Gotbi, le sélectionneur iranien, qui voit dans ce second match entre les frères perses une occasion de rapprochement entre deux peuples jadis ennemis. »
-> A la personne qui a ecrit l’article: Il ne s’agit pas de freres perses, puisqu’a l’inverse des iraniens, les irakiens, eux, sont arabes.
Merci de bien vouloir corriger l’erreur
Jules11 janvier 2011 à 15 h 44 minAuthor
@Benayoun : D’aussi loin que remontent nos souvenirs de fac, l’empire babylonien (actuel Irak) a bien été conquis par les Achéménides au 6e siècle avant JC, donc historiquement, l’Iran et l’Irak ont bien fait partie de la Perse pendant plusieurs siècles :)
Jackherer11 janvier 2011 à 22 h 15 min
Vous avez tout les 2 raisons l’Irak à fait parti de la Perse, et les irakiens sont des arabes contrairement à la majorité des iraniens, en Iran il existe aussi des régions « arabes », pour l’auteur de l’article il n’a rien de curieux à appeler l’équipe nationale équipe nationale ou plus couramment la « Melli » qui signifie la nationale, si je ne me trompe pas c’est le cas dans plusieurs pays comme par exemple l’Allemagne!
Benayoun12 janvier 2011 à 8 h 40 min
@Jules&Jackherer
Oui effectivement ce qui est aujourd’hui l’Irak a bien ete sous le joug Achemenides pendant une certaine periode, cependant en employant le mot Perse on designe au sens strict du terme un peuple indo-europeen vivant uniquement en Iran. Au sens plus large du terme on l’emploie aujourd’hui pour designer les habitants de l’Iran uniquement.
Cependant employer « freres perses » serait aussi faux que d’employer le terme « freres turques » pour designer les grecs, qui ont vecu sous le joute ottoman pendant plusieurs siecles