Et pendant ce temps-là, à Tijuana

Par Jules | 20 juin 2011 à 17:55 | 0 commentaire | Craquage de slip, La Ligue des Sales types | Tags: ,

Le 24 juillet, le Tijuana Xoloitzcuintles de Caliente s'alignera pour la première fois en D1 mexicaine. Portrait d'un club qui entretient déjà, par son président, une réputation sulfureuse, entre paris et mafia.

Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule. Au Mexique, à Tijuana, le club local en a appris deux bonnes en l’espace de trois semaines. Fin mai, il remportait la finale des playoffs de D2 mexicaine contre Irapuato, remportant par là-même le précieux sésame pour l’élite mexicaine. Puis, au mitan du mois de juin, la justice mexicaine décidait d’abandonner les charges qui pesaient contre le propriétaire du club. Une sombre histoire de possession illégale d’armes, qui ont servi à l’assassinat de plusieurs personnes sur fond de trafic de drogue. Déjà une bonne réput’ pour un club fondé en 2007…

Tijuana, pour situer, c’est à l’extrême nord-ouest de la carte, sur la frontière américaine, une de ces innombrables villes-frontières où pullulent les maquiladoras et les Ricains en goguette, venus balader leur bedaine dans les stands de tacos. Autant dire un trou perdu sur la carte footballistique du pays, qui concentre tous les clubs de l’élite dans la zone de Mexico. Et pourtant, là-bas, un homme a tenté de relever le pari : monter un club de foot.

Cet homme, c’est Jorge Hank Rhon, un bon notable à l’ancienne, puissant homme d’affaires s’étant aventuré avec succès en politique, jusqu’à accéder à la mairie de Tijuana en décembre 2004. En 2006, le club de Dorados ne survit pas à la relégation en D2 mexicaine. Sur le champ de ruines, Rhon décide de mettre sa puissance financière au service de la ville dont il est maire, et fonde le Gallos Caliente, qui sera rebaptisé en Club Tijuana Xoloitzcuintles De Caliente en 2007. Avec déjà l’ambition d’accéder le plus rapidement possible dans l’élite du football mexicain, comme en témoigne l’extension de la capacité du stade en mars 2008 à 33 333 places, bien au-delà des 15 000 places requises pour s’aligner en D1.

LE SILVIO BERLUSCONI MEXICAIN

Il ne faut pas longtemps pour que la polémique surgisse. Rhon est en effet à la tête de la plus grande société de paris, Caliente, dont le club tire son nom. Dans le milieu du football mexicain, on apprécie guère ce mélange des genres, et l’affaire est portée devant la fédération mexicaine, qui donne à Rhon un quitus, car Caliente n’organise aucun pari sur la D1 mexicaine.

Mais le bonhomme ne semble pas aussi blanc que des décisions souveraines le laissent paraître. Fils de Carlos Hank Gonzalez, ancien maire de Mexico, Rhon entretient des liens troubles avec les cartels et le blanchiment d’argent, comme l’ont révélé des fuites du National Intelligence Drug Center, un organisme américain chargé de contrer la prolifération des stupéfiants sur le territoire US.

C’est sans doute de là qu’il tient son appétit pour un mode de vie à mi-chemin entre Tony Montana et Pablo Escobar. Grand amateur de femmes et de blagues machistes — son animal préféré ? la femme —, Rhon a semé 19 chiards dans tout le pays, tous d’une mère différente. Il aime tellement les animaux que sa pièce de penderie fétiche est une veste en cuir de croco rouge ; il a même tenté, pour agrandir sa ménagerie, d’acheter un gorille classé sur la liste des espèces menacées.

Et, inévitablement, Rhon n’oublie jamais de garnir sa baraque d’armes en tous genres. C’est d’ailleurs à ce sujet que la justice mexicaine a commencé à fourrer son nez dans les petites affaires du magnat local. A la suite d’une enquête patiente et minutieuse, la justice réussit à mettre le grappin sur le bonhomme. Et sur son trésor de guerre : un véritable arsenal de 40 mitraillettes, 48 pistolets, et une grenade à gaz. Soupçonnant Rhon d’être à la tête d’un réseau mafieux protégé par le gouvernement Caldero, la justice fait le rapprochement avec des affaires de meurtre non élucidées dans la région, et des tests balistiques confirment que certaines des armes saisies ont été utilisées dans le meurtre d’un vigile et d’un vendeur de voitures au début de l’année 2010.

Niant toute implication directe ou indirecte, Rhon finit cependant par être libéré pour deux vices de procédure, des preuves ayant été rassemblées illégalement. Y compris voici deux semaines, lorsque la justice a relâché le maire-président-businessman faute de preuves suffisantes.

De quoi envisager sereinement la reprise prochaine du championnat ? Pas tout à fait. La justice n’a pas dit son dernier mot, et soupçonne toujours Rhon d’avoir assassiné lui-même Angelica Muñoz en 2009, alors que la jeune femme sortait avec son fils.

En attendant, Rhon continue tranquillement de présider aux destinées du club. En espérant, sans doute, que la justice ne le laisse pas à poil, comme le xoloitzcuintles, le chien nu mexicain emblème du club.

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Jules

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